J’ai grandi à Dinard, ou presque. Et quand je dis « presque », je veux dire que j’y ai passé suffisamment de temps pour que cette ville me coule dans le sang. Aujourd’hui, je bosse depuis n’importe quel coin du monde avec mon laptop, mais il suffit d’une odeur d’iode portée par le vent pour que tout remonte d’un coup.
Ce matin, j’ai ouvert les yeux face à la mer de Chine méridionale. Pourtant, mes pensées sont parties directement vers la côte d’Émeraude. Bizarre comme réflexe, non ? Pas tant que ça. Dinard, c’est le genre d’endroit qui ne vous lâche jamais vraiment.
Tu es de Dinard si tu sais que la plage de l’Écluse n’est pas qu’une plage
La plage de l’Écluse, pour les touristes, c’est juste une jolie plage avec du sable fin et des cabines rayées. Pour nous, c’est bien plus que ça. C’est le terrain de jeu de l’enfance, le lieu des premiers baignades interdites quand la mer était trop froide, le spot où on se retrouvait après le lycée.
Je me souviens encore de ces matins où la marée descendante laissait apparaître les rochers couverts d’algues. On sautait dessus pieds nus, et on rentrait avec les orteils bleus. Ma mère ne comprenait pas pourquoi je recommençais à chaque fois.
Si vous avez grandi ici, vous savez exactement de quoi je parle. Cette plage face à Saint-Malo n’est pas un simple décor. C’est une mémoire collective, un repère géographique et sentimental à la fois.
Tu es de la côte d’Émeraude si le ferry vers Saint-Malo fait partie de ton quotidien
Parce qu’à Dinard, on ne traverse pas le pont pour aller à Saint-Malo. On prend la vedette. Cette distinction est fondamentale. Le pont, c’est pour les gens pressés ou pour ceux qui ne connaissent pas vraiment le coin.
La traversée en bateau depuis l’embarcadère de la plage de l’Écluse jusqu’à Saint-Malo ne dure que quelques minutes. Mais ces quelques minutes, avec la vue imprenable sur les remparts et la silhouette de la ville corsaire, valent toutes les routes du monde.
Quand je rentre d’un voyage à l’étranger, c’est souvent cette image qui me vient en premier. Pas une plage de Thaïlande, pas le skyline de Tokyo. Non : les remparts de Saint-Malo vus depuis la mer, un matin de brume légère. C’est mon horizon de référence.
Tu es de Dinard si les Britanniques font partie du paysage
Dinard et les Anglais, c’est une histoire vieille de plusieurs siècles. Au XIXe siècle, l’aristocratie britannique a littéralement construit la ville balnéaire telle qu’on la connaît aujourd’hui. Les villas victoriannes qui surplombent la mer en sont la trace la plus visible.
Grandir à Dinard, c’est donc côtoyer cette influence anglo-saxonne de façon très naturelle. Le Festival du film britannique de Dinard, créé en 1989, n’est pas une curiosité culturelle pour nous. C’est un rendez-vous annuel presque familier, avec son atmosphère particulière en octobre.
Je me retrouve parfois à Londres ou à Édimbourg pour le boulot, et quelque chose dans l’architecture me rappelle Dinard. Ce mélange entre élégance Victorian et côté marin me met à l’aise immédiatement. C’est un peu comme reconnaître une empreinte culturelle dans une ville étrangère.
Tu es de la côte d’Émeraude si tu connais la différence entre grandes marées et grandes marées
Le coefficient de 120, ça ne vous dit rien ? Pour les gens d’ici, c’est une information aussi importante que la météo. La baie de Saint-Briac, le cap Fréhel ou la pointe du Grouin prennent une autre dimension lors des grandes marées. Le littoral se transforme littéralement.
Je me rappelle avoir organisé des sessions de travail à distance depuis un café de Cancún, pendant que mes amis dinardais m’envoyaient des photos de la mer retirée à perte de vue devant Saint-Malo. La jalousie était réelle, je ne vais pas vous mentir.
Les marées de la côte d’Émeraude figurent parmi les plus importantes d’Europe. Ce phénomène façonne les habitants autant que le paysage. On apprend à lire les horaires des marées avant même de savoir conduire.
Tu es de Dinard si les halles du marché t’ont forgé le palais
Quand je parle de street food à des amis rencontrés en voyage, je leur explique souvent que ma première référence culinaire n’est pas un food truck de Portland ou un marché nocturne de Hanoi. C’est le marché couvert de Dinard, avec ses étals de poisson frais, ses fromages bretons et ses galettes préparées sous vos yeux.
Le homard breton, les huîtres de la baie et les coquilles Saint-Jacques pêchées localement — tout ça, c’est notre baseline gustative. Difficile ensuite de se contenter d’un plateau de fruits de mer moyen quelque part dans le monde sans faire la comparaison.
Je me retrouve régulièrement dans des marchés locaux à l’étranger, de Chiang Mai à Lisbonne. Mais le repère reste toujours le même : les saveurs de la Bretagne nord, authentiques et directes, sans chichis inutiles. C’est là que mon rapport à la nourriture s’est construit.
Tu es de Dinard si le GR34 est ton sentier de randonnée de référence
Le sentier des douaniers, aussi connu sous le nom de GR34, longe toute la côte bretonne. Depuis Dinard, les tronçons qui mènent vers Saint-Lunaire, Saint-Briac-sur-Mer ou la baie du Fresnaye offrent des panoramas que je n’ai trouvés nulle part ailleurs.
J’ai randonné en Patagonie, sur les crêtes des Dolomites, sur des sentiers au Sri Lanka. Pourtant, quand quelqu’un me demande quel est mon chemin préféré, je réponds toujours le même : le bord de mer entre Dinard et Saint-Lunaire, un matin de septembre, quand il n’y a plus personne.
Si vous cherchez à découvrir les incontournables choses à faire en Bretagne, le GR34 côté côte d’Émeraude doit absolument figurer sur votre liste. Ce n’est pas négociable.
Tu es de la côte d’Émeraude si Alfred Hitchcock te parle autrement
Alfred Hitchcock a séjourné à Dinard. Cette information est connue des habitants, moins connue du grand public. Le réalisateur britannique appréciait cette station balnéaire huppée et son ambiance singulière, à mi-chemin entre sérénité et mystère.
Ce détail m’a toujours fasciné. Il y a quelque chose dans la lumière de Dinard, dans ses ciels changeants et ses falaises abruptes, qui évoque effectivement une certaine tension visuelle. Ce n’est pas un hasard si la ville a su attirer des personnalités artistiques au fil des décennies.
D’autres noms se sont posés ici : Picasso a peint à Dinard dans les années 1920. Lawrence d’Arabie, de son vrai nom T.E. Lawrence, y a séjourné également. La côte d’Émeraude a cette particularité d’attirer les esprits créatifs sans vraiment s’en vanter.
Tu es de Dinard si l’été change tout — et si tu t’en souviens bien
En juillet et août, Dinard change de visage. Les locations saisonnières se remplissent, les rues s’animent, les restaurants affichent complet. Pour ceux qui y vivent à l’année, c’est une période à double tranchant : l’animation est agréable, mais la ville n’est plus vraiment la leur.
Je comprends ce sentiment mieux que jamais maintenant que je voyage en permanence. Il y a des villes qui appartiennent à leurs habitants hors saison, et qui se louent aux touristes en été. Dinard en fait partie. Et c’est précisément ce qui la rend précieuse pour ceux qui la connaissent vraiment.
Les vraies plages de Dinard — pas celles des cartes postales — on les découvre en mars, sous un ciel gris et venteux. Là, le charme de la côte d’Émeraude prend toute son ampleur. L’horizon est immense, le vent pique le visage, et on se sent exactement à sa place.
Tu es de Dinard si les villas Belle Époque font partie de ton décor naturel
Il y a environ 400 villas Belle Époque à Dinard. Ce chiffre est souvent cité, mais il ne rend pas vraiment compte de l’effet que ces bâtisses produisent sur ceux qui les côtoient depuis l’enfance. Les tourelles, les bow-windows, les jardins suspendus au-dessus de la mer — tout ça devient une évidence visuelle.
Je me souviens d’avoir montré des photos de Dinard à des amis rencontrés à Chiang Mai. Leur réaction était toujours la même : une sorte d’incrédulité polie devant cette architecture improbable et majestueuse face à l’Atlantique.
Pour moi, c’était juste… normal. C’est exactement ça, être de Dinard : trouver ordinaire ce que les autres considèrent comme extraordinaire. Cette banalisation du beau est peut-être l’héritage le plus singulier de cette ville.
Tu es de la côte d’Émeraude si le cap Fréhel te rappelle ton enfance
Le cap Fréhel, avec ses falaises roses tombant à pic dans une mer d’un vert intense, c’est l’un des paysages les plus saisissants de Bretagne. Et pour beaucoup d’habitants de la côte d’Émeraude, c’est une destination de sortie familiale classique.
La réserve ornithologique du cap Fréhel abrite des colonies de fous de Bassan, de cormorans huppés et de mouettes tridactyles. Enfant, j’y allais avec des jumelles bricolées avec des tubes en carton. Efficacité limitée, enthousiasme intact.
À quelques kilomètres, le fort La Latte dresse ses tours médiévales sur un promontoire rocheux. Ce château, qui a servi de décor pour plusieurs productions cinématographiques, fait partie de notre imaginaire collectif local. On l’a tous visité au moins trois fois en classe de primaire.
Ce que Dinard m’a appris sur la liberté
Beaucoup me demandent pourquoi j’ai choisi de travailler en remote et de voyager en permanence. La réponse est probablement liée à Dinard, même si je ne l’avais pas formulé ainsi au départ.
Grandir face à l’océan, c’est grandir avec l’idée que l’horizon est infini. La mer n’a pas de frontière visible. Elle invite, elle défie, elle ouvre. La côte d’Émeraude m’a donné cette conviction très tôt : il y a toujours quelque chose de plus grand au-delà de ce qu’on voit.
Je pose mon laptop dans des dizaines de villes différentes chaque année. Mais quelque chose revient toujours : le besoin d’horizon dégagé, de vent sur le visage, d’une mer qui bouge. Dinard m’a forgé ce besoin. Et je lui en suis reconnaissant chaque matin.
Alors, tu es de Dinard ou de la côte d’Émeraude si tout ce qui précède te semble évident. Si tu souris en lisant ces lignes depuis un bureau parisien ou depuis l’autre bout du monde. Si, au fond, tu n’as jamais vraiment quitté ce bout de Bretagne nord qui vous reste dans la peau pour toujours.

Digital nomad, je parcours le monde depuis 6 ans grâce à mon métier de développeur web. A travers ce blog je vous partage mes aventures et mes conseils pour vos prochains voyages.
