J’ai posé mon laptop sur une table en bois brut, face à la mer Ionienne, et j’ai compris en trente secondes pourquoi Himarë commence à figurer sur les radars des voyageurs exigeants. Moins de 3 000 habitants à l’année, une côte encore préservée, des prix qui font pâlir d’envie quiconque a dormi à Mykonos ou Dubrovnik. Ce n’est pas encore Bali, mais c’est exactement ce que je cherche.
Le double visage d’Himarë : entre Kastro historique et front de mer animé
Coincée entre les monts Cérauniens et la mer, Himarë affiche une personnalité franchement déroutante à la première heure. Le Kastro, la vieille ville perchée à 240 mètres d’altitude, preserve des fortifications dont les origines remontent au VIIIe siècle avant J.-C. : Chaoniens, Byzantins, Ottomans y ont tous laissé leur empreinte. Descendre dans le port moderne juste après, c’est comme changer de fuseau horaire sans bouger de quelques centaines de mètres.
Deux édifices religieux méritent vraiment qu’on s’arrête. L’église de la Toussaint, construite en 1775, et la Panagia Kassopitra avec ses fresques du XVIe siècle racontent une histoire religieuse que les guides classiques survolent trop vite. Pour les visiter correctement, prévoyez de bonnes chaussures et une bouteille d’eau, surtout en juillet. Les ruines sont peu balisées, l’herbe haute cache parfois les pierres.
La signalétique bilingue albanais-grec reflète une coexistence culturelle qui n’a rien d’anecdotique. La minorité grecque locale entretient une identité propre, parfois politiquement tendue, qui teinte l’ambiance du village d’une complexité humaine réelle. C’est ce genre de détail qui transforme un élémentaire séjour balnéaire en quelque chose de plus nourrissant intellectuellement.
Au pied de la colline, le port mêle bateaux de pêche et embarcations de plaisance dans un spectacle quotidien très photogénique. J’y ai passé une fin d’après-midi avec un café tiré d’un bar minuscule tenu par un type qui parlait un français approximatif mais enthousiaste. Ces rencontres impromptues, c’est précisément ce qu’on ne planifie jamais et ce dont on se souvient le mieux.
Les plages d’Himarë : du sable bondé aux criques introuvables sur Google Maps
La réputation balnéaire d’Himarë repose sur une diversité de plages difficile à trouver sur un aussi court linéaire côtier. Quelques immanquables s’imposent d’emblée, mais les meilleures surprises se méritent.
- La plage de Gjipe : une crique sauvage encaissée, accessible à pied en 30 minutes depuis Drymades ou par bateau. Classée parmi les sites les plus intacts de toute la Riviera albanaise, elle vaut largement l’effort.
- La plage de Drymades : calme, peu fréquentée, adaptée quand on cherche à poser son serviette sans négocier un centimètre carré de sable avec ses voisins.
- La plage de Jale : bars, musique, clientèle jeune et festive. L’ambiance contraste radicalement avec Drymades, et c’est très bien ainsi.
- La plage de Spille : pratique pour une baignade rapide depuis le centre, sans prétention mais efficace.
- La plage de Livadhi : la plus connue, sable fin et galets mélangés, eau turquoise, équipements touristiques solides. Bondée en août, mais indispensable une fois quand même.
En juillet et août, les plages centrales ressemblent à certaines pages d’accueil surchargées : trop d’éléments, trop peu d’espace. La solution ? Louer une barque pour rejoindre Gjiri i Akuariumit, une petite crique accessible uniquement par mer, avec une eau d’une transparence qui donne envie de couper le Wi-Fi définitivement. La qualité de l’eau est régulièrement saluée par les organismes de surveillance environnementale européens, ce qui renforce l’attrait pour la plongée et le snorkeling.
Activités en mer et sentiers de montagne : sortir du transat
Sports nautiques : ce que la mer Ionienne propose concrètement
La visibilité sous-marine dépasse souvent les 20 mètres ici. Pour un plongeur, même amateur, c’est une information qui change tout. Plusieurs centres installés à Livadhi et Jale proposent des sessions encadrées entre 25 et 40 euros, avec du matériel en bon état et des moniteurs habitués aux débutants. J’ai testé le snorkeling en solo avec un masque loué pour trois fois rien : les fonds sont variés, vivants, vraiment beaux.
Kayak, stand-up paddle, jet ski dans des zones délimitées… La palette d’activités nautiques couvre tous les niveaux d’engagement physique. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est que les écoles locales insistent sur la protection du milieu marin. Ce n’est pas du greenwashing : la mer reste propre, et ça se voit.
Randonnées panoramiques autour d’Himarë
Le sentier vers Gjipe depuis la plage de Drymades offre 30 à 40 minutes de marche dans un décor d’oliviers sauvages et d’arbustes méditerranéens, avec une récompense visuelle proportionnelle à l’effort. Modéré, accessible, mémorable.
Le parc national de Llogara, à environ une heure de route, mérite une journée entière. Son col culmine près de 1 000 mètres et offre des panoramas sur la mer qui valent n’importe quelle carte postale. L’air y est frais même en plein été, ce qui change agréablement après la chaleur de la côte. Plusieurs sentiers balisés s’adaptent à tous les niveaux.
Les villages perchés de Vuno et Pilur constituent un autre itinéraire à ne pas négliger. Architecture traditionnelle albanaise, silence, vues plongeantes sur la mer Ionienne. Une voiture de location reste indispensable pour ce type d’exploration : les routes sont sinueuses et les transports en commun quasi inexistants sur ces tronçons.
La cuisine d’Himarë : entre terroir albanais et influences grecques
Les plats qui racontent l’identité locale
Le tavë kosi mérite une mention particulière : de l’agneau cuit lentement au four dans un yaourt acidulé, avec un équilibre d’arômes qu’on n’oublie pas facilement. C’est le plat albanais par excellence, et Himarë le réussit bien. Le byrek, tourte feuilletée garnie de fromage, d’épinards ou de viande, se mange au modeste déjeuner pour quelques euros dans les boulangeries du coin.
Les fruits de mer sont pêchés localement et ça se sent. Calamars, crevettes, poissons grillés du matin même : la fraîcheur est là, sans chichis. La fërgesë, ce mélange de poivrons rouges, tomates et fromage fondu, accompagne parfaitement n’importe quel plat de poisson. Et le raki, ce digestif local distillé à partir de raisin, clôture les repas avec une efficacité redoutable. On vous en proposera systématiquement : acceptez au moins une fois.
Le ragoût de légumes chershizë complète ce tableau gastronomique avec une note de terroir montagnard qui contraste bien avec l’omniprésence des fruits de mer sur la côte.
Trois adresses pour manger vraiment bien
| Nom | Spécialité | Ambiance | Prix moyen |
|---|---|---|---|
| Lefteri’s Tavern | Poissons grillés du jour | Familiale, décontractée | 8-20 € |
| Taverna Krangal | Cuisine traditionnelle albanaise | Convivialité locale authentique | 10-18 € |
| Restaurant Koral | Fruits de mer frais | Vue sur mer, cadre soigné | 15-25 € |
Manger face au port, en regardant les pêcheurs débarquer leur prise de la matinée, c’est un de ces moments que je range dans la catégorie « raisons pour lesquelles je n’ai pas repris un bureau fixe ». Simple, concret, irremplaçable.
Préparer son séjour à Himarë en 2026 : tout ce qu’il faut savoir avant de partir
Mai-juin et septembre-octobre représentent les fenêtres idéales. La mer est déjà (ou encore) agréable, les tarifs baissent sensiblement, et les plages restent respirables. Juillet-août, c’est la haute saison : foule, bruit, prix gonflés. Pas rédhibitoire, mais à anticiper.
Pour la durée, deux nuits suffisent pour cocher le Kastro et les plages proches. Mais pour examiner Porto Palermo, le parc de Llogara et les villages alentours, comptez 4 à 5 jours minimum. Je recommande cette formule : partir trop vite de cet endroit serait vraiment dommage.
Côté transport, Tirana se rejoint depuis Paris en environ 2h40 de vol. Ensuite, il faut compter 4 heures de route ou de bus depuis la capitale albanaise. Une alternative intéressante passe par Corfou avec traversée en ferry, selon votre point de départ. Sur place, la voiture de location reste la option la plus flexible pour accéder aux plages isolées et aux routes de montagne. Les applications classiques de navigation fonctionnent, mais les routes sinueuses réclament de la concentration.
Pour l’hébergement, la gamme est large : l’Hostel on the Hill pour les budgets serrés, le Geo & Art Boutique pour quelque chose de plus confortable, des appartements avec accès direct à la plage pour les familles. Les tarifs restent 30 à 50 % inférieurs aux destinations méditerranéennes comparables. Pensez à réserver tôt pour l’été : la demande a explosé ces deux dernières années.
Quelques détails pratiques à ne pas négliger : chapeau et eau en quantité pour les visites du Kastro, dont certaines zones sont encore partiellement en ruine et très exposées au soleil. La dimension multiculturelle du village n’est pas un obstacle, bien au contraire. Comprendre un peu les tensions historiques entre communautés albanaise et grecque enrichit la lecture du territoire.
Himarë comme base de départ : chercher la Riviera albanaise au-delà du village
Beaucoup de voyageurs font l’erreur de rester collés à Himarë sans étudier ce qui l’entoure. Porto Palermo et son château ottoman posé sur un promontoire à quelques kilomètres au sud mérite vraiment le détour. Ali Pacha de Janina, qui gouverna la région au début du XIXe siècle, y a laissé une forteresse étonnamment bien conservée, accessible en voiture en moins de trente minutes.
La route de la Riviera elle-même, la SH8, est l’une des plus spectaculaires d’Europe du Sud-Est. Elle serpente entre falaises et mer turquoise, avec des points de vue qui donnent envie d’arrêter la voiture toutes les cinq minutes. Si vous bossez en remote et que vous pouvez vous accorder une journée off, prenez cette route vers le nord jusqu’à Sarandë : le trajet vaut autant que la destination.
Himarë n’est pas encore sur la carte des destinations surexploitées. C’est précisément maintenant qu’il faut y aller, avant que les infrastructures touristiques rattrapent définitivement l’authenticité du lieu. La fenêtre est ouverte, pas indéfiniment.

Digital nomad, je parcours le monde depuis 6 ans grâce à mon métier de développeur web. A travers ce blog je vous partage mes aventures et mes conseils pour vos prochains voyages.
